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Leningrad Area Hunting Territories Association · LAHTA · ·Bécasses Impériales ·

Bécasses Impériales

Автор: Eric Joly
Источник: Le magazine des VOYAGES DE CHASSE

Apartir de la mi-septembre, la Taïga, la grande forêt russe, d’un vert tendre au printemps, s’enflamme brusquement. Elle vire au jaune orangé. Peu de rouge car l’érable n’est pas une essence très répandue. Mais les bouleaux répandent des confettis dorés qui voltigent dans le vent et donnent au paysage des allures d’icône. Quand on quitte Saint-Pétersbourg et que l’on se dirige vers Mourmansk la forêt se dresse, majestueuse, de part et d’autre de la route à quatre voies qui la pénètre sur des milliers de kilomètres. La forêt à l’infini avec des tourbières, des sapins, des bouleaux, des aulnes rabougris, des sorbiers, des saules, des fougères et des framboisiers sauvages. Pas de cultures, pas de champs, pas de troupeaux, juste un océan d’arbres avec, çà et là quelques coupes et des troncs empilés dans une clairière.

Vladimir a obtenu les droits de chasse sur trois territoires (voir encadré)

Aujourd’hui nous nous dirigeons vers le second. Après deux heures de route, nous quittons le bitume pour nous engager sur une piste défoncée. Huit kilomètres encore et voici le village : quelques maisons de bois avec des fenêtres à double vitrage et antenne satellite, pas mal de bâtisses effondrées également. Le village ne compte que seize personnes, des retraités ou des bûcherons. Une vie rude car pendant l’hiver le thermomètre descend à – 30. Les ressources sont maigres. On se nourrit ici de pommes de terre, d’oignons, de choux, de porc, de champignons et de baies sauvages. Curieusement, si les maisons sont entourées d’un petit jardin potager on ne voit pas de volailles alors que le plus souvent les paysans du monde entier entretiennent au moins quelques poules. Les gens mènent ici une existence simple rythmée par les saisons, l’entretien du potager, la coupe du bois de chauffage et les promenades dans les bois à la recherche de fruits sauvages, de lactaires délicieux ou de bolets orangés.

Vladimir gare la voiture devant une maison forestière. Nous pénétrons à l’intérieur. C’est un classique rendezvous de chasse avec des cloisons lambrissées et des oiseaux naturalisés – grand corbeau, rapaces, gélinottes – accrochés aux murs. Il y a là un bécassier, Jean-Michel, accompagné de sa femme, Agnès, et quelques chasseurs Russes qui sont venus pour affûter le loup et le sanglier. Seul le grand gibier intéresse les chasseurs locaux. Ils sont donc ici pour passer la nuit sur un mirador érigé au bord d’un champ d’avoine. C’est la technique locale. Sur ce territoire le quota est de six ours et deux seulement ont été tirés. Les gardes sont très modestement payés (autour de 150 euros par mois) mais, en se débrouillant bien, ils peuvent arrondir leur salaire en vendant précisément ces ours dont ils gardent la taxe d’abattage (1500 euros).

Le bécassier Français a eu un mauvais jour mais les deux premiers étaient bons et il est donc globalement satisfait. Vladimir n’accueille pour le moment que des bécassiers qui viennent ici avec leurs chiens. Comme le territoire est dur mieux vaut venir avec deux auxiliaires. Ce sont le plus souvent des setters anglais, chiens rapides et conquérants qui peuvent battre très rapidement un vaste territoire.

Sédentaires et migratrices

Le lendemain matin, à l’heure du petit déjeuner, je retrouve mes chasseurs d’ours et de sangliers qui sont rentrés au coeur de la nuit. Ils ont tué

un cochon de 80 kilos et en ont blessé un autre qu’ils vont essayer de retrouver. Nous voici cahotant sur la piste pour notre première chasse à la bécasse. « En Russie, explique en chemin Vladimir, nous avons beaucoup de bécasses sédentaires et c’est celles-ci que nous allons chasser car je n’ai pas encore vu de bécasses de passage. C’est embêtant car évidemment on en verra moins … » Au bout de dix minutes, le Land s’arrête. Vladimir fait sortir son setter Anglais répondant au doux nom de Darling, lui fixe au cou le « Bip » qui permet de localiser l’arrêt et nous voici partis. C’est un milieu assez ouvert, un milieu de friches avec des arbrisseaux et des arbres fruitiers. Un ancien milieu cultivé certainement mais qui ne l’est plus depuis bien longtemps. Pourquoi ? Mystère des orientations économiques. Le chien n’a pas fait cent mètres que déjà le « Bip » retentit. Nous nous approchons doucement et encadrons l’auxiliaire. Quelques exclamations sonores et la bécasse s’envole. Elle part à ras du sol et crochète si bien que ni Vladimir ni moi ne pouvons la tirer. Cette matinée là, le chien arrêtera une douzaine de bécasses sans que nous puissions vraiment en profiter pour la bonne raison que dans la plupart des cas le gibier a piété trente mètres devant le chien . Il nous tire sa révérence sans que nous puissions le saluer. Nous en prendrons seulement deux en trois heures de chasse. Le terrain sans être difficile est quand même exigeant avec des tranchées camouflées par la végétation, du bois mort, des souches, des troncs abattus qu’il faut enjamber. Ce jour là, il bruinait légèrement ce qui rendait indispensable l’usage du cuissard. Le problème de cet accessoire c’est qu’il est souvent lourd, fragile et qu’il peut aussi tomber sur les chevilles. Signalons donc qu’un bécassier Breton (Ploubalay) par ailleurs directeur d’une tannerie a résolu la quadrature du cercle. Ses cuissards sont légers, imperméables, indéchirables et s’accrochent à la ceinture. Je vous livre cette bonne adresse : Tannerie du Frémur – voir le site Internet – prix raisonnable, 60 €.

Les graminées sont encore très hautes à cette période de l’année. Sans cet accessoire nous aurions été trempés. Comme au Canada, la grande forêt se déroule à l’infini et Vladimir qui connaît bien le coin avait quand même pris un GPS par précaution. La vie animale est très discrète. Peu d’oiseaux à part quelques corneilles mantelées et des geais. De temps en temps on voit « des indices de présence » : traces d’élans, crottes d’ours, pieds de sangliers. A cette période de l’année, il y a aussi beaucoup de champignons, des bolets orangés, des lactaires délicieux, des pieds bleus, des vesses de loup, quelques coprins chevelus aussi. Les villageois ne ramassent que les bolets et les lactaires qu’ils vendent d’ailleurs pour quelques roubles au bord des routes. Ils ramassent aussi des airelles et la mure polaire qui ne pousse que dans les marais.

L’après midi, nouvelle quête sur un autre secteur mais cette fois le chien ne parviendra pas à arrêter une seule bécasse. Nous irons « de place chaude en place chaude ». Vladimir souhaitant me faire connaître autre chose nous partons après dîner pour son nouveau territoire de 96.000 ha qui se situe à 150 km de là. Au bout de deux heures nous y voici. Cette fois, pas de maison forestière. Nous sommes hébergés dans un grand bâtiment de béton très typique de la construction soviétique d’aprèsguerre. C’est une ancienne école transformée en hôtel. Le chauffage ne fonctionne pas et comme la température extérieure est de dix degrés il ne fait pas bien chaud à l’intérieur. Une hôtesse emmitouflée dans un blouson nous accueille. Nous enfilons de grands couloirs, montons trois marches, encore un couloir et arrivons au logement qui nous a été dévolu. C’est une suite d’apparat pour les hôtes de marque, un salon, une chambre avec deux vastes lits à couette et une salle de bain. Dans la chambre j’aperçois avec ravissement un petit radiateur électrique … Au rez-de-chaussée, il y a une fête de fiançailles dont nous avons perçu les échos en traversant le hall d’entrée. De petits ballons multicolores sont suspendus au plafond de la salle de réception où les convives entonnent des chants à boire. A l’écart, sur une banquette, une grande fille brune, les yeux dans le vague, semble perdue dans ses pensées. Peut-être rêve-telle à ses propres fiançailles ou à ses amours passées ?

Notre chambre est assez éloignée de ces agapes si bien que nous nous endormons dans le calme. Le matin après avoir avalé nos oeufs réglementaires Vladimir me présente la personne qui s’occupe du petit musée installé dans les mêmes locaux. Il est consacré au Veps, un peuple de la forêt, une ethnie particulière dont il ne reste que quelques villages dans le pays et dont la vie est en partie axée sur les forces invisibles, les esprits, les jeteurs de sort, les sorciers, les divinités de la terre, des bois, des animaux et du ciel. Des entités multiples. Cela se concrétise sous la forme d’une multitude de petites poupées symboliques que l’on place d’une certaine façon sur la porte des maisons ou dans les chambres en fonction des circonstances. Un merveilleux travail artisanal réalisé avec des matériaux simples : brindilles, tissus, bouts de laine, écorce, mousse, ficelle. La conservatrice nous parle longuement de la vie du peuple des bois et nous en apprend beaucoup sur cette fascinante ethnie.

Nous voici une nouvelle fois sur le terrain. Cette fois c’est une futaie de sapins et de bouleaux assez ouverte dans laquelle on marche très facilement. Ce territoire n’a jamais été chassé. Çà ne traine pas : le chien prend l’arrêt presque immédiatement mais la bécasse nous échappe. Dix minutes plus tard même jeu : cette fois l’oiseau monte en chandelle juste devant moi. Immanquable et pas manquée. Toute la matinée sera un festival d’arrêts et de bécasses acrobatiques. Vladimir n’est pas dans son meilleur jour et plusieurs oiseaux lui échappent. Elles s’éloignent sous une pluie de jurons russes dont j’ai, hélas, oublié la signification. Les densités sont magnifiques et nous passons du bon temps. Nous reviendrons de ce territoire avec un prélèvement de quatre oiseaux. Nous aurions pu en tuer davantage mais,assez souvent, j’ai troqué le fusil pour l’appareil photo … sans pouvoir hélas caler l’oiseau dans le viseur. Vladimir a institué des quotas : quatre bécasses par jour et par fusil pour la bécasse sédentaire, cinq quand il y a des migratrices. Aucun doute sur certains oiseaux : nous avons tué des petites bécasses à l’extrémité des rémiges déguenillée, des oiseaux qui étaient incontestablement nés sur le territoire. D’ailleurs Vladimir qui assiste chaque printemps à la croule voit beaucoup d’oiseaux en période de nidification. A ce propos il m’a d’ailleurs affirmé avoir vu une bécasse s’envoler en tenant un petit entre ses pattes. On sait que ce point est controversé par certains auteurs cynégétiques. Mais il y a eu plusieurs observations irréfutables et la question semble donc définitivement tranchée.

Entre 12 et 25 levées par jour

Retour vers le chalet de chasse ou plutôt vers l’hôtel puisque Vladimir héberge aussi certains de ses chasseurs dans un petit établissement situé au bord d’un fleuve. C’est un centre de pêche car les eaux regorgent de brochets et de sandres. On pêche à la traine en embarquant dans des vedettes propulsées par de gros hors bord. Nous retrouvons là une autre équipe de bécassiers habituée des lieux et qui nous dit avoir bien réussi même si cette année – faute des fameuses migratrices – est inférieure à la précédente. Après avoir passé la nuit à l’hôtel nous allons prospecter les rives du lac situé à trois kilomètres de là et dans lequel se jette le fleuve. Entouré d’épaisses murailles de roseaux cet impressionnant plan d’eau s’étend sur quatre cents kilomètres. Quelques bateaux sur lesquels on devine les silhouettes de pêcheurs équipés de gilets orange glissent au loin. Les rives sont occupées par de coquettes maisons, des « datchas » en rondins entourées de jardinets. Beaucoup ont leur bateau pour aller à la pêche. Nous entrons dans une forêt de bouleaux nains dans laquelle Vladimir me dit avoir fait l’an dernier des levées « historiques » au moment des passages. Il me dit aussi que de grands troupeaux d’oies occupent le lac et qu’il lui est arrivé de les avoir à dix mètres au dessus de la tête quand, le matin, elles quittent l’eau pour aller se nourrir dans les champs. Il a même réussi à en tuer avec le plomb n°9 utilisé pour la bécasse. Nous cheminons sur l’humus, le setter blanc bondissant loin devant nous au dessus des fougères. Hélas,il n’y a pas de passage et les rares sédentaires nous échappent avec une adresse diabolique. Nous ne réussirons pas ce matin là et rentrerons sans oiseaux au chalet de chasse que nous rallions après trois heures de balade. Cette chasse de fin d’été en Russie m’a semblé très séduisante pour les bécassiers qui souhaitent mettre leur chien en jambes avant la saison. Les chiens et les armes passent maintenant facilement la frontière à Saint- Pétersbourg. Les densités d’oiseaux sont intéressantes : entre 12 et 25 levées par jour avec des prélèvements moyens de l’ordre de 2 à 3 bécasses par jour et par fusil. Pour ceux qui connaissent l’Irlande ce sont à peu près ceux que l’on fait sur l’île verte. Vladimir qui en montant cette affaire a réalisé son rêve de jeunesse (voir encadré) s’occupe de ses chasseurs avec un dévouement quasi maternel. Sans cesse en contact téléphonique avec ses guides, en contact aussi avec ses chasseurs, il solutionne tous les problèmes avec le sourire. Levé tôt, couché à pas d’heure il mérite qu’on lui tire ici un grand coup de chapeau. !

(*) Eric Joly

 

* Parfaitement !

 

CARNET DE VOYAGE

Visa : Eviter l’ambassade, saturée, et passer plutôt par une agence de voyages travaillant avec la Russie (Merlin Tour à Paris est spécialisé dans ce type d’opération). Il faut s’y prendre quinze jours à trois semaines avant le départ.

Trajet : Paris/Saint-Pétersbourg

Bagages : Sur les vols de ligne chez Air France/KLM vous pouvez transporter 1 bagage de 23 kg maximum par passager. Le deuxième bagage vous coûtera 55 euros.

Durée du vol : trois heures vingt. Horaire : Deux heures en avance par rapport à la France.

Téléphone portable : Pas de problème de réseau dans les villes et sur les grands réseaux routiers, par contre les portables marchent moins bien sur les lieux de chasse.

Climat : En septembre et début octobre, les températures se maintiennent au-dessus du zéro et les gelées nocturnes sont rares. Vêtements chauds comme pour le mois de novembre en France. Il peut aussi pleuvoir, même si ce n’est pas la règle à cette période. Transfert sur les lieux de chasse : par l’organisateur

Milieu : la Taïga, grande forêt de sapins et de bouleaux, haies et friches. Les territoires sont situés aux portes de la ville pour les plus près à trois heures de voiture pour les plus éloignés.

Mode de chasse : avec les chiens du chasseur et un guide local. Vladimir devrait mettre sur pied une organisation nouvelle avec des guides et des chiens pour les chasseurs qui n’ont pas d’auxiliaire. On chasse devant soi environ cinq heures par jour.

Gibier : bécasse. Quelques gélinottes. On peut aussi chasser ici le loup, le sanglier, l’ours et l’élan.

Hébergement : hôtel, maison forestière, bâtiment administratif.

Armes : elles passent maintenant assez rapidement la frontière.

Nourriture : soupe, viande en sauce (porc et mouton), beignets, brochettes, gâteau. Vin et bière.

Monnaie : le rouble. Pour avoir l’équivalent en euros diviser par dix puis par quatre.

Pourboires : cinquante euros à la cuisinière (maison forestière) et cinquante euros au guide pour sept jours de chasse.

Langue : uniquement le russe mais Vladimir parle un Français parfait.

Contacts :
En France : Gérard Quintard
Tél. : 06 07 84 00 23
Tél. : 0549 51 83 20
e-Email: gerard.quintard@orange.fr

En Russie: Vladimir Epifantsev
Tél. : 0079219546030
Email : chasse1@yandex.ru
http://www.lahta.net/contacts

Vladimir Epifantsev

Elevé par son père dans la passion de la chasse à la bécasse ce jeune Russe (41ans) a monté l’organisation dont il rêvait. Il nous a expliqué son parcours atypique.

VDC : Ce n’est pas banal de voir un Russe faire chasser la bécasse ?

V.E. : Il est vrai que les Russes chassent de préférence le grand gibier mais il y a aussi dans le pays une tradition de chasse devant soi comme on peut le voir sur nombre de tableaux du XIXème siècle. Pour ma part je suis né dans une famille de chasseurs. Mon père était passionné par la chasse à la bécasse au chien d’arrêt et il m’a transmis sa passion.

VDC : Il vous a fallu du temps pour monter une organisation de chasse ?

V.E. : Bien sûr. Cela n’a pas été facile. J’ai pu profiter de la nouvelle donne politique et économique mais il a fallu aussi tout un concours de circonstances. J’ai d’abord évolué dans le milieu de la banque mais je n’avais pas perdu mon objectif. C’est par l’intermédiaire d’une annonce publiée dans un journal cynégétique Français et en rencontrant des bécassiers de votre pays que j’ai commencé à les fréquenter et à les faire chasser ici.

VDC : Quand avez vous créé votre organisation ?

V.E. : En 2001, nous avons fêté notre dixième saison de chasse.

VDC : Où avez vous appris à parler si bien le Français ?

V.E. : Un peu au cours de mes études mais surtout en parlant avec mes chasseurs. C’est certainement la meilleure école.

VDC : De combien de territoires disposez vous ?

V.E. : Je fais chasser sur trois territoires : le premier (16.000 ha) à 70 kms de Saint-Pétersburg, le second (64.000 ha) à 150 km et le troisième (96.000 ha) à 280 km.

VDC : Quelle est la durée de la saison ?

V.E. : Pour la bécasse elle est assez courte. Elle s’étale du 15 septembre à la fin du mois d’octobre. Au début, on tire surtout des oiseaux sédentaires puis les migratrices arrivent. Je suis très soucieux de la gestion de mes territoires et j’ai donc institué un quota : cinq bécasses par jour et par chasseur, quatre si je constate que les migratrices ne sont pas arrivées. Compte tenu de la superficie de mes territoires la pression de chasse est insignifiante.

VDC : Quel bilan tirez vous de votre aventure aujourd’hui ?

V.E. : Je suis d’abord très content d’avoir atteint mon objectif et de vivre de ma passion. Ensuite, j’aimerai accroître les conditions de confort de mes chasseurs et notamment faire construire une belle maison forestière sur le plus grand de mes territoires.

(Propos recueillis par Eric Joly) « J’ai réalisé mon rêve »



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